Il était une fois, à l’orée d’une forêt que tout le monde appelait le Bois des Murmures, une petite fille nommée Ema. Ema n’était pas tout à fait comme les autres. Elle marchait toujours avec la tête un peu dans les nuages, ses lunettes rondes aux montures dorées glissant sans cesse sur son nez. Elle portait un énorme pull en laine jaune moutarde, si grand et si douillet qu’il semblait vouloir l’engloutir tout entière. Vous voyez le genre de pull qui gratte ? Eh bien, celui d’Ema était tout le contraire : c’était un nuage tricoté.
Ce jour-là, alors qu’elle traînait ses baskets blanches aux lacets dépareillés dans l’herbe haute, Ema entendit un bruit étrange. Ce n’était pas le chant d’un oiseau, ni le bruissement du vent. C’était un petit « Hic ! » métallique. Puis un autre. « Hic ! ». Cela venait d'un buisson d'épines noires, un endroit sombre et un peu effrayant où personne n'osait mettre les doigts. Approchons-nous doucement, comme Ema… Qu’est-ce qu’elle a bien pu trouver là-bas ?
Au milieu des ronces acérées, Ema découvrit une créature incroyable. Ce n’était pas un lézard, ni un gros chat. C’était un dragon ! Mais un dragon minuscule, pas plus grand qu’un doudou. Ses écailles brillaient comme des pierres précieuses, passant du bleu électrique au vert émeraude. Mais le pauvre petit Firage était coincé. Les épines pointues s'étaient accrochées à ses ailes fragiles. Terrifié, il essayait de faire son plus grand cri de monstre : « Rawr ! ». Mais cela ressemblait plutôt à un petit éternuement de souris. Des minuscules nuages de fumée grise s’échappaient de ses naseaux. « Pfu-pfu ! »
— Oh, petit bonhomme, murmura Ema. Tu as l’air d’avoir très peur.
Les épines étaient méchantes, noires et dures. Si Ema tendait la main, elle se ferait piquer, c'est certain ! Aïe ! Et Firage, malgré sa petite taille, montrait ses dents minuscules comme des grains de riz. À ton avis, qu’est-ce qu’Ema va faire ? Va-t-elle appeler un adulte avec une grande épée ? Pas du tout ! Ema avait une arme bien plus puissante : son pull.
Elle tira sur ses manches de laine jaune, si longues qu’elles recouvraient entièrement ses mains. Voilà ! Elle s’était fabriqué des gants magiques et tout doux. Très lentement, millimètre par millimètre, elle avança ses mains vers le buisson. « Scratch ! Gratt ! » faisaient les ronces contre la laine, mais le tricot était épais.
— Doucement, Firage, doucement… chantonna Ema d'une voix de miel.
Le petit dragon essaya de mordre les manches en laine, mais c’était comme croquer dans un marshmallow. Il finit par se calmer, sentant la chaleur qui émanait d’Ema. Avec une patience de fourmi, Ema dégagea une griffe, puis une aile, puis la queue pointue. « Hop ! » Un dernier petit coup de pouce, et « Zip ! », Firage fut libéré des griffes du buisson.
Le petit dragon ne s’enfuit pas. Il était tout tremblant. Ema le posa délicatement au creux de son bras, contre la douceur de son pull. Elle utilisa le bord de sa manche pour essuyer une petite goutte de sang sur l'écaille du dragon. C'était si paisible. Firage commença à produire un petit son, un ronronnement vibrant qui faisait « Purrr-vroum, purrr-vroum ».
Ema sourit. Elle comprit ce jour-là que le monde peut parfois sembler piquant et effrayant, mais qu'avec de la douceur et un peu de patience, on peut apprivoiser les plus grandes peurs. Firage finit par battre des ailes, s'éleva dans les airs comme une étincelle colorée, et disparut vers les montagnes. Mais avant de partir, il laissa tomber quelque chose dans la poche d’Ema : une écaille brillante, chaude comme un petit soleil.
Et c’est ainsi qu’Ema, la petite fille aux lunettes rondes, rentra chez elle pour le goûter, avec un secret magique caché dans son grand pull jaune. Tout finit par s'arranger quand on a le cœur, et les manches, bien tendres.