Avez-vous déjà vu un avion en papier de la taille d’un canapé ? Pas un petit avion qui tournoie trois secondes avant de s'écraser sur le tapis, non. Un véritable géant de papier, blanc comme une barbe à papa sans sucre, avec des ailes si larges qu’on pourrait y faire une sieste à trois. C'est exactement ce que Fluffy, notre petite boule de poils rose bonbon, a découvert un matin dans le Pré des Papeteries. Avec son petit foulard pastel flottant au vent, il a grimpé à bord. Frou-frou ! Le papier a bruissé. Fluffy s'est installé dans le creux du cockpit, prêt pour une aventure, quand soudain… un petit reniflement est monté du brouillard.
« Snif… C'est trop sombre. Snif… » Qui pouvait bien pleurer avec un nez si bruyant ? Fluffy a glissé de l'aile et a trouvé, caché derrière un gros rocher en forme de gomme, un petit dragon. C'était Ignis. Ignis était vert émeraude, mais ses écailles tremblotaient. Imaginez un peu : un dragon qui a peur du noir ! C’est un peu comme un poisson qui aurait peur de l’eau, vous ne trouvez pas ? Mais pour Ignis, c'était très sérieux. La Vallée Brumeuse s'assombrissait, et il ne retrouvait plus sa grotte. « Ne t'inquiète pas ! » a dit Fluffy en sautillant de joie. « Mon avion est super rapide, et on va te ramener chez toi avant que les étoiles n'allument leurs veilleuses ! »
Vlan ! Zoom ! Ils ont décollé. Ignis s'est agrippé au bord de l'avion en papier, les yeux fermés. Fluffy, lui, pilotait avec une patte légère, chantonnant pour oublier que le vent soufflait fort. Mais alors que le soleil boudait derrière l'horizon, le brouillard est devenu épais, très épais. Splatch ! Un nuage tout mouillé a percuté l'aile droite. Le papier a commencé à ramollir. C’est le gros problème des avions en papier, voyez-vous : ils n'aiment pas beaucoup l'humidité. L'avion a commencé à pencher. « Oh non ! L'aile est toute devenue toute raplapla ! » s'est écrié Ignis, les dents cliquetantes.
Fluffy n'a pas paniqué. Pas lui ! Il a dénoué son précieux foulard pastel et l'a enroulé autour de la pliure mouillée du papier pour la renforcer. « Tu vois ? C'est comme un pansement ! » a-t-il dit en riant. Mais autour d'eux, la forêt de la vallée changeait de visage. De grandes ombres étiraient leurs bras noirs. Ouhouhouh ! chuchotaient les arbres. « Les Grincheux de l'Ombre ! » a hurlé Ignis en se cachant sous ses ailes. Fluffy a plissé ses grands yeux vert mousse. Il a regardé de plus près. « Mais non, Ignis ! Regarde bien. Ce ne sont que de vieux arbres somnolents qui baillent ! » Bof ! Un arbre a effectivement laissé tomber une pomme de pin dans son sommeil. Ignis a ouvert un œil, puis deux. Il a commencé à comprendre que le noir n’est souvent qu’une pièce où l’on n’a pas encore allumé la lumière.
Le vent a forci, engouffrant l'avion dans un tunnel de courants d'air. Wouuuuuh ! Fluffy devait tenir bon. « On y est presque ! » criait-il. Ignis, voyant son ami si petit mais si brave, a senti quelque chose de chaud dans sa poitrine. Ce n'était pas du feu de dragon – pas encore – mais une petite étincelle de courage. Et là, miracle ! Le bout de la queue d'Ignis a commencé à briller d'une lueur ambre, douce comme une bougie. « Regarde, Ignis ! Tu fabriques ta propre lumière ! » s'est émerveillé Fluffy. Le petit dragon n'avait plus besoin de chercher le soleil ; il portait sa propre petite lampe de poche intégrée !
Grâce à cette lueur, ils ont repéré l'entrée de la 'Grotte des Cristaux Scintillants'. Fluffy a dirigé l'avion avec une dernière pirouette. Flump ! Ils ont atterri tout en douceur sur un lit de mousse phosphorescente. Ignis était enfin chez lui. Il a serré Fluffy dans ses bras (ce qui est très chatouilleux quand on est une boule de poils rose). Pour remercier son pilote, Ignis lui a offert une de ses écailles tombées, qui brillait comme une pépite d'or. « Merci Fluffy. Le noir n'est plus mon ennemi, c'est juste le moment où ma lumière brille le mieux. »
Fluffy est reparti vers son pré, volant sereinement sous le ciel étoilé. Il s'est dit qu'être un héros, ce n'était pas forcément porter une armure, mais parfois simplement avoir un foulard pastel, un gros avion en papier et assez de gentillesse pour rassurer un ami. Et c’est ainsi que la nuit la plus effrayante de la vallée est devenue, pour un petit dragon et une boule de poils, la plus belle des balades. C'est chouette, non ?