Il était une fois, nichée entre deux nuages de coton et trois éclats de lune, l’Observatoire des Lueurs. C’est là que vivait Nova. Oh, Nova n’était pas une petite fille tout à fait comme les autres. Ses cheveux ? Un océan de violet profond où scintillaient la Grande Ourse et Cassiopée. Sa robe ? Un velours de minuit qui changeait de couleur dès qu’elle respirait. Quand elle marchait, elle ne faisait pas « scritch-scratch » sur le sol ; elle flottait avec le silence d'une plume de hibou.
Mais une nuit, alors que Nova consultait sa grande carte céleste, elle s'écria : « Par toutes les comètes ! » Devine quoi ? Les étoiles disparaissaient. Pouf ! Effacées. Comme si un vilain écolier avait passé une gomme géante sur le ciel. Nova prit sa pochette de poussière d’étoiles, ajusta son diadème en pierre de lune et décida de mener l'enquête. Pour retrouver les constellations, elle devait se rendre au seul endroit capable de garder la mémoire du monde : la Grande Bibliothèque Galactique.
À peine arrivée, Nova sentit un courant d'air froid. Brrr. Ce n’était pas une bibliothèque ordinaire. Ici, les livres ne restaient pas sagement rangés. Non, non ! Ils volaient ! Flap, flap, flap ! Des milliers de pages battaient de l'œil comme des ailes d'oiseaux migrateurs. Mais ce soir-là, les livres semblaient terrifiés. Ils se cognaient contre les hautes étagères en bois de chêne étoilé. Bam ! Crac !
« Bonjour ? Y a-t-il quelqu'un ? », demanda Nova. Sa voix résonna dans le hall immense des Étagères Murmurantes. Seule une ombre immense lui répondit en s'étirant sur le sol. Une ombre qui semblait… grignoter la lumière. Nova avança prudemment, laissant derrière elle une traînée de poussière argentée pour ne pas se perdre. Soudain, elle tomba nez à nez avec le Vieux Globe Grincheux, une immense sphère de cuivre qui tournait sur elle-même en grinçant. Grrrr-ouic !
« Plus de noms ! Plus de mots ! », s'exclama le Globe en tournant si vite qu'il en avait le vertige. « Les humains ont cessé de regarder le ciel, Nova. Ils ne racontent plus d'histoires sur les guerriers de feu ou les cygnes d'argent là-haut. Alors, l'Oubli arrive. Et l'Oubli, il a une forme… Regarde derrière toi ! »
Nova se retourna. Une créature faite d'encre noire et de silence se tenait là : le Dévoreur d'Encre. Il était immense, flou, avec des yeux qui ressemblaient à des trous noirs. Il n'était pas méchant, il avait juste… faim. Faim de souvenirs. Il s'approcha de l'Atlas de Toutes les Nuits, le livre le plus précieux de la bibliothèque, et commença à en lécher les pages blanches. Slurp ! Plus il mangeait de lumière, plus l'Atlas devenait vide.
« Stop ! », cria Nova. Elle tenta de s'enfuir dans les escaliers en colimaçon. Fouich ! Elle volait, ses pieds effleurant à peine les marches, tandis que le Dévoreur d'Encre glissait derrière elle comme une flaque d'ombre géante. Elle se sentait toute petite. Est-ce que tu aurais eu peur, toi aussi ? Un peu, sûrement. Mais Nova se souvint d'une chose : l'ombre n'existe que parce qu'il y a de la lumière.
Elle s'arrêta brusquement dans la Salle des Hiboux-Bibliothécaires. Les hiboux, faits de vieux parchemins, la regardaient avec de grands yeux tristes. Nova ne sortit pas d'épée, car on ne combat pas l'oubli avec du fer. Elle toucha son diadème en pierre de lune. « Tu as faim, n’est-ce pas ? », dit-elle doucement au monstre d'encre. Le Dévoreur s'arrêta, surpris. Personne ne lui parlait jamais gentiment.
Nova ferma les yeux et projeta ses propres souvenirs sur les pages blanches de l'Atlas. Grâce à son diadème, les images devinrent réelles. Elle raconta l'histoire du Grand Chasseur, de la Petite Ourse qui aimait trop le miel céleste, et du Dragon qui gardait le Pôle Nord. À chaque mot, à chaque éclat de rire, une étoile se rallumait. Ding ! Sparkle !
Le Dévoreur d'Encre commença à changer. Il n'était plus une ombre effrayante, mais une créature chatoyante, remplie de toutes les histoires que Nova venait de lui offrir. Il ne voulait plus dévorer le ciel ; il voulait simplement en faire partie. Nova prit alors sa plume d'argent et redessina les lignes entre les points brillants. Elle redonna un nom à chaque lumière.
Le calme revint dans la bibliothèque. Les livres-oiseaux se posèrent doucement, leurs couvertures se refermant dans un soupir de satisfaction. Pouf. Le Globe Grincheux s'arrêta de grincer et murmura : « Merci, petite étoile. »
Nova retourna à son observatoire. En levant les yeux, elle vit que le ciel n'avait jamais été aussi beau. Chaque constellation brillait plus fort qu'avant, car elle savait maintenant que les étoiles ne tiennent dans le ciel que par le fil invisible de nos histoires. Et c’est ainsi que, grâce à une petite fille aux cheveux de soie violette, la nuit retrouva son chemin jusqu'aux rêves des enfants. Dors bien, et n'oublie pas de regarder là-haut de temps en temps.