Imaginez un jardin baigné de soleil, où les herbes hautes chatouillent le ventre et où l'air sent bon le trèfle et la terre humide. C’est là que vit Trixi, une Bouvier Bernois au pelage aussi noir que l’ébène, avec une étoile blanche sur la poitrine, comme si elle portait une décoration pour sa gentillesse. Ce matin-là, Trixi trottait de son pas léger — floc, floc, floc — vers le vieux chêne au fond du jardin. Elle ne cherchait pas de trésor, non, elle cherchait simplement un endroit idéal pour cacher son os. Mais en creusant, son museau ne rencontra pas seulement de la terre. Clang !
Curieuse, Trixi déterra un cylindre de métal rouillé. Une capsule temporelle ! À l'intérieur, parmi des billes de verre et des rubans délavés, se trouvait une photographie déchirée. On y voyait deux garçons, Julien et Marcel, riant aux éclats, un bras l'un sur l'autre. Soudain, la petite cloche en laiton de Trixi se mit à tinter de façon étrange — Drelin ! Drelin ! — et un immense tourbillon de lumière dorée l'aspergea. Vouuuuuh ! Avant même d'avoir pu aboyer un « oh ! » de surprise, Trixi ne sentait plus l'herbe moderne sous ses pattes, mais les pavés inégaux d'un village d'il y a cent ans.
Trixi se retrouva en plein milieu d'une place de marché vibrante. Tout était différent. Les voitures ressemblaient à des boîtes à outils géantes et les gens portaient d'étranges chapeaux melon. Malgré le bruit de la foule, Trixi remarqua immédiatement deux garçons qui se tournaient le dos près d'une fontaine. C’étaient Julien et Marcel. Mais ils ne riaient plus du tout. Leurs visages étaient sombres comme un ciel de pluie.
« C'est toi qui l'as prise, ma montre à gousset ! » criait Julien, son carnet de dessin serré contre lui. « Menteur ! Je ne l'ai jamais touchée ! » répondait Marcel, les poings serrés. Trixi sentit son cœur de chien se serrer. Elle savait, grâce à la photo dans son présent, qu'ils étaient censés rester les meilleurs amis du monde. Mais comment les réconcilier ? Elle s'approcha doucement, sa queue remuant comme un panache de plumes, pour leur montrer la photo qu'elle tenait entre ses dents.
Mais voilà qu'un invité surprise s'invita dans l'histoire : Barnabé, la chèvre la plus malicieuse du village. D'un coup de tête — Hop ! — Barnabé s'empara de la photo et s'enfuit en direction de la foire aux bestiaux. « Pas maintenant, Barnabé ! » sembla dire le regard de Trixi. Et c'est parti pour une course-poursuite effrénée ! Clip-clap-pouf ! Trixi slaloma entre les jambes du boulanger à la moustache géante et évita les paniers de pommes, tandis que les garçons, intrigués par ce chien magnifique à l'allure de nuage de velours, se mirent à courir derrière elle en oubliant pour un instant leur querelle.
Finalement, Trixi coinça Barnabé près du même chêne — celui de son jardin, mais bien plus jeune et vigoureux. Elle récupéra délicatement la photo et la déposa aux pieds des deux garçons. En voyant cette image d'eux si heureux, le silence tomba. Ils se regardèrent. Marcel fouilla dans sa poche et, par pur hasard, sentit quelque chose : sa montre était tombée dans la doublure de sa propre veste ! Une bête erreur de couture.
« Oh, Marcel... je suis désolé », murmura Julien. La colère s'évapora comme la rosée au soleil. Pour sceller leur amitié retrouvée, les deux garçons décidèrent de remettre la capsule en terre, mais cette fois, ils y ajoutèrent un petit mot sur un papier jauni. Trixi les regarda faire, sa cloche recommençant à vibrer — Ding-aling ! — signalant qu'il était temps de rentrer.
De retour dans son jardin ensoleillé, Trixi retourna vers la capsule. La photo était toujours là, mais miracle ! Au dos, on pouvait lire maintenant une écriture fine et ancienne : « Merci au gros chien poilu avec une étoile sur le cœur. Grâce à toi, nous resterons amis pour toujours. » Trixi poussa un long soupir de satisfaction, s'enroula sur elle-même dans l'herbe chaude et s'endormit. Après tout, il faut bien une sieste pour récupérer quand on vient de traverser un siècle pour sauver une amitié. Et c'est exactement comme cela que tout est rentré dans l'ordre.